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Doit-on dire « ÊTRE convenu » ou « AVOIR convenu » ?

| 04 juillet 2018 | par Jean-Christophe PELLAT

Deux auxiliaires qui peuvent être utilisés avec un même verbe selon leur sens.

Le verbe « convenir » peut s’employer avec les deux auxiliaires, selon son sens (« Bon Usage », § 814 b 2°).

Quand il signifie « être approprié, plaire », il s’emploie avec « avoir ».

Exemple : La Bretagne leur aurait convenu… (G. Flaubert)

Quand il signifie « admettre, tomber d’accord avec quelqu’un », il s’emploie en principe avec l’auxiliaire « être ».

Exemple : Après une longue délibération, nous sommes convenus qu'il achètera un petit vaisseau tout équipé. (A. R. Lesage).

Cependant, dans ce sens, « convenir » s’emploi aussi avec le verbe « avoir », considéré comme fautif.

Exemple : Ils avaient convenu de se retrouver à Rome. (R. Rolland).

Cela peut être dû au souci d’invariabilité : employer « avoir » quel que soit le sens de « convenir » ou à la difficulté d’employer l’auxiliaire « être » dans une construction qui est sentie comme passive. C’est le cas dans la construction impersonnelle, qui signifie « il est décidé d'un commun accord » : Il fut convenu entre eux, par un accord tacite, qu'ils garderaient leur liberté. (É. Zola). À chacun de faire ce qui convient.

Jean-Christophe PELLAT
Jean-Christophe Pellat est professeur émérite de linguistique française à l’Université de Strasbourg, où il a enseigné en Licence, Master et dans les préparations au CAPES et aux agrégations de Lettres. Spécialiste de grammaire et orthographe françaises (histoire, description, didactique), il est co-auteur d’un ouvrage universitaire de référence, Grammaire méthodique du français (PUF, dernière éd. 2016) et de diverses grammaires scolaires. Dans ses travaux sur la didactique de la grammaire en FLE et FLM, il s’attache à l’adaptation des notions aux différents publics concernés.