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SOI(T) DISANT : une double faute ?

| 04 juillet 2018 | par Jean-Christophe PELLAT

Retour sur l'origine d'une expression.

La faute d’orthographe « soit disant » repose sur la confusion entre « soi » (pronom) et « soit » (subjonctif du verbe « être »). Cette faute révèle une ignorance de l’analyse de la locution, qui est prise en bloc, sans que le pronom « soi » soit identifié, peut-être sous l’influence de certains emplois de « soit », notamment seul, au sens de « admettons, je veux dire ».

La question de l’emploi est plus intéressante. « Soi-disant », employé comme adjectif ou adverbe, associe la forme tonique du pronom réfléchi, « soi », et le participe présent « disant », qui signifie « qui se dit, se prétend tel » (Petit Robert). Logiquement, « soi-disant », « ne doit s’appliquer qu’aux êtres doués de la parole et capables, en conséquence, de se dire » (mise en garde de l’Académie, citée par « Le Bon usage », § 665) : il se contenta d’interrompre doucement la soi-disant comtesse. (A. Daudet, Jack).

On ne peut donc pas employer « soi-disant » quand le nom désigne une chose. Pourtant, avec l’oubli de l’origine de « soi-disant », on tend à l’employer dès le XVIIIe siècle à propos de choses, comme l’Académie elle-même : « Une soi-disant expérience » (1932, supprimé en 1990). Les défenseurs de la tradition préconisent d’employer « prétendu » : La prétendue porcelaine opaque n'était porcelaine que de nom. (Al. Brongniart). Ce n’est donc pas encore un « soi-disant défaut » (M. Barrès).

Jean-Christophe PELLAT
Jean-Christophe Pellat est professeur émérite de linguistique française à l’Université de Strasbourg, où il a enseigné en Licence, Master et dans les préparations au CAPES et aux agrégations de Lettres. Spécialiste de grammaire et orthographe françaises (histoire, description, didactique), il est co-auteur d’un ouvrage universitaire de référence, Grammaire méthodique du français (PUF, dernière éd. 2016) et de diverses grammaires scolaires. Dans ses travaux sur la didactique de la grammaire en FLE et FLM, il s’attache à l’adaptation des notions aux différents publics concernés.