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Pourquoi TROP se termine par un -p ?

| 04 juillet 2018 | par Jean-Christophe PELLAT

Une question d'étymologie.

L’adverbe « trop » vient du francique « thorp » qui signifie « amas », « groupement » et « village » (« Petit Robert »).

« Trop » signifie l’excès (« Il parle trop »). Mais il s’emploie aussi aujourd’hui chez les jeunes pour signifier le haut degré comme « très, beaucoup » (voir le titre du film « Elle est trop bien », sorti en 1999), et même seul, comme un adjectif :

« Elle est trop, cette nana ! » = « elle exagère ou elle est incroyable, extraordinaire » (« Petit Robert).

On peut y voir l’influence de l’anglais « too much ». Il est étonnant de constater que ce sens de « très, beaucoup », critiqué, est attesté dès l’ancien français !

Pourquoi ce -p final ? Il a été conservé par étymologie. Plus intéressant, on le trouve prononcé dans « troupe » et « troupeau », qui ont la même origine « thorp », par permutation de « o » et « r ». Et puis, sans faire d’histoire de la langue, ce « t » final est utile dans l’écriture pour distinguer les homonymes « trop » et « trot ». Pas d’excès, le trot n’est pas le galop.

Jean-Christophe PELLAT
Jean-Christophe Pellat est professeur émérite de linguistique française à l’Université de Strasbourg, où il a enseigné en Licence, Master et dans les préparations au CAPES et aux agrégations de Lettres. Spécialiste de grammaire et orthographe françaises (histoire, description, didactique), il est co-auteur d’un ouvrage universitaire de référence, Grammaire méthodique du français (PUF, dernière éd. 2016) et de diverses grammaires scolaires. Dans ses travaux sur la didactique de la grammaire en FLE et FLM, il s’attache à l’adaptation des notions aux différents publics concernés.