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de la langue française

Peut-on donner des règles pour bien écrire les consonnes doubles ?

| 05 août 2020 | par Jean-Christophe PELLAT

Paul - 13 ans - se pose une question que même l'Académie française, qui essaie d’imposer des règles contre l’usage (« la covid-19 », féminin), n'a pas réussi à clarifier. Essayons de trouver quelques pistes ensemble...

consonnes doubles

Les consonnes qui doublent le plus souvent sont les lettres « f, l, m, n, p, r, s, t ». Le cas le plus simple est le doublement lié à la prononciation : « accent » (« cc » = [ks]), « poisson » (« ss » = [s]), fille (« ll » = « ye »), ... Ou bien, « ll, tt, nn » indiquent que le « e » qui les précède se prononce « è » : « belle, jette, vienne ».

Dans la formation des mots, on double la consonne à la liaison préfixe-radical : « affaiblir, apparaître, illisible, irréel ». Mais on ne sent plus le découpage de mots comme « immense ». A l’autre bout du mot, le suffixe « -ette » s’écrit toujours avec « tt » (« barrette »). On emploie aussi « tt » dans le féminin des adjectifs en « et » (« violette, pauvrette »), mais pas tous (« inquiète, secrète »).

Ensuite, les consonnes doubles s’expliquent par des raisons historiques, comme les nasales « mm, nn » dans « grammaire, donner ». Elles viennent aussi de l’étymon latin : « battre, nulle ». Elle peuvent être utiles pour distinguer des homonymes : « cane/canne ; date / datte ; sale / salle »). Au-delà de ces explications, les irrégularités sont nombreuses : « allongé / alité ; appeler / apercevoir ; battre/ combatif ; imbécile / imbécillité ; nommer / nominal ; subordonnée / subordination ». Dans ces derniers cas, pas de règles possibles, Paul. Enregistre bien ces mots dans ta mémoire quand tu les rencontres.

Jean-Christophe PELLAT
Jean-Christophe Pellat est professeur émérite de linguistique française à l’Université de Strasbourg, où il a enseigné en Licence, Master et dans les préparations au CAPES et aux agrégations de Lettres. Spécialiste de grammaire et orthographe françaises (histoire, description, didactique), il est co-auteur d’un ouvrage universitaire de référence, Grammaire méthodique du français (PUF, dernière éd. 2016) et de diverses grammaires scolaires. Dans ses travaux sur la didactique de la grammaire en FLE et FLM, il s’attache à l’adaptation des notions aux différents publics concernés.