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Antoine, 13 ans D’où vient la cédille ?

| 17 décembre 2019 | par Jean-Christophe PELLAT

On a vu que la lettre C a un double visage : elle sert à noter deux sons différents, [k] et [s], alors qu’on aurait pu faire autrement. Pour aider à la lecture, on a ajouté, à partir du 16e siècle, une cédille sous le « c » quand il note le son [s] devant « a, o, u » : « avança, glaçon, perçu ».
La cédille a été empruntée à l’espagnol : le nom « cedilla » signifie « petit z » (terme diminutif, de « zeda » : ce signe a la forme du « z », placé sous la lettre « c »), et non « petit c » comme on le dit parfois, à cause du français. La lettre « ç » servait en espagnol à noter [ts], puis [s] et même [z] entre voyelles. Ensuite, on a trouvé d’autres moyens plus simples de noter les sons espagnols (les lettres s et z) et la cedilla a disparu au 18e siècle. Diverses écritures modernes ont adopté la cédille, comme l’azéri et le tatar.
En France, elle a été introduite par l’imprimeur G. Tory au 16e siècle, le c cédille étant nommé un temps « c à queue ». En voici un premier usage dans « aperçu », sans -s final :
« Ie n'aperçu que soudein me vint prendre
Le mesme mal que ie soulois reprendre: » (Louise Labé, « Elégie », 1555)
La cédille s’est généralisée au 17e siècle, sous la minuscule et la majuscule. On aurait pu remplacer partout le « ç » par « s », mais on a préféré le garder, pour bien marquer le lien étymologique avec le latin. Et puis, cela maintient aussi l’unité graphique d’un verbe comme « recevoir », qui garde son « c », avec la cédille, au participe passé « reçu ». Attention, l’oubli de la cédille peut avoir des effets fâcheux, comme dans « leçon », ou permettre de jouer sur les mots, c’est selon…

Jean-Christophe PELLAT
Jean-Christophe Pellat est professeur émérite de linguistique française à l’Université de Strasbourg, où il a enseigné en Licence, Master et dans les préparations au CAPES et aux agrégations de Lettres. Spécialiste de grammaire et orthographe françaises (histoire, description, didactique), il est co-auteur d’un ouvrage universitaire de référence, Grammaire méthodique du français (PUF, dernière éd. 2016) et de diverses grammaires scolaires. Dans ses travaux sur la didactique de la grammaire en FLE et FLM, il s’attache à l’adaptation des notions aux différents publics concernés.