« Après l’exil subi en 2018, place à l’exil choisi… » (René Martin). Avec « Carnets de voyage », la Folle Journée de Nantes 2019 évoque les « compositeurs qui ont créé des œuvres intemporelles à l’occasion de leurs voyages » (ibid.) : Haydn, Mozart, Liszt, Berlioz, Dvorak, Messiaen, …
Musiciens et écrivains sont de grands voyageurs, Montaigne un des premiers : « le voyage me semble un exercice profitable. L’âme y a une continuelle exercitation à remarquer les choses inconnues et nouvelles ; et je ne sache point meilleure école […] à former la vie que de lui proposer incessamment la diversité de tant d’autres vies, fantaisies et usances. » (« Les Essais », III, 9)
Tout voyage s’accompagne de réflexions, comme ceux de l’ethnographe Cl. Lévi-Strauss : « On conçoit généralement les voyages comme un déplacement dans l’espace. C’est peu. Un voyage s’inscrit simultanément dans l’espace, dans le temps, et dans la hiérarchie sociale. » (« Tristes tropiques »).
Le voyage nous transforme, dans une « dynamique de l’altérité » (Rachel Bouvet) :
« Un voyage se passe de motif. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait. » (N. Bouvier, « L’Usage du monde ») Parvenu au Khyber Pass, devant un paysage extraordinaire, le voyageur se retrouve face à lui-même : « Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu’on porte en soi, devant cette espèce d’insuffisance centrale de l’âme qu’il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr. » (N. Bouvier)
Nous reprendrons ensemble les voyages l’été prochain,
« en doublant les feux de Saint Malo » (H. Aufray).