Pour l'amour
de la langue française

SOUHAITER / ESPÉRER

| 04 juillet 2018 | par Jean-Christophe PELLAT

Je souhaite ou j’espère que le printemps revienne ?

En principe, ces deux verbes appellent un mode différent dans la complétive qui les suit : l’indicatif pour « espérer », le subjonctif pour « souhaiter » :

J’espère que vous ne résisterez plus aux plans qui peuvent vous être proposés pour vous tirer d’ici. (Stendhal)

Le jour de la représentation, il souhaitait presque que grand-père fût empêché de venir. (R. Rolland)

Les deux verbes tournés vers l’avenir sont proches par le sens : « considérer (ce qu’on désire) comme devant se réaliser » (Robert) pour « espérer » et « désirer pour soi-même ou pour quelqu'un d'autre […] l'accomplissement d'un événement » (TLFi) pour « souhaiter ». Inévitablement, le subjonctif se rencontre après « espérer », en particulier quand ce verbe est à l’impératif : « Espérons qu’il vienne au rendez-vous » car l’impératif rapproche l’espoir du souhait.

La différence des modes après « espérer » et « souhaiter » permet d’expliquer une fine distinction entre l’indicatif et le subjonctif quand on parle de l’avenir. Avec l’indicatif, les chances de réalisation de l’action sont plus fortes qu’avec le subjonctif : le premier dit le probable, le second le possible (voire l’impossible).

L'espoir, il est vrai, nous soulage,

Et nous berce un temps notre ennui ;

Mais, Philis, le triste avantage,

Lorsque rien ne marche après lui ! (Molière, « Le Misanthrope »)

Oronte espérait qu’Alceste apprécierait son sonnet précieux, car :

Belle Philis on désespère,

Alors qu’on espère toujours.

Jean-Christophe PELLAT
Jean-Christophe Pellat est professeur émérite de linguistique française à l’Université de Strasbourg, où il a enseigné en Licence, Master et dans les préparations au CAPES et aux agrégations de Lettres. Spécialiste de grammaire et orthographe françaises (histoire, description, didactique), il est co-auteur d’un ouvrage universitaire de référence, Grammaire méthodique du français (PUF, dernière éd. 2016) et de diverses grammaires scolaires. Dans ses travaux sur la didactique de la grammaire en FLE et FLM, il s’attache à l’adaptation des notions aux différents publics concernés.