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PALLIER À / PALLIER : peut-on pallier à ce défaut ?

| 04 juillet 2018 | par Jean-Christophe PELLAT

« Pallier » vient du latin « palliare », qui signifie « couvrir d’un manteau ». Son premier sens est « couvrir, dissimuler » (une faute, une chose fâcheuse), en (la) présentant sous un jour favorable (TLFi) puis, au sens figuré, « atténuer faute de remède véritable ; résoudre d'une manière provisoire » (Robert).

« Pallier » est normalement suivi d’un complément direct (« Bon usage », § 285, a 9°).

Exemples :

Jadis je palliais la fréquence de ces crises par l'opium, remède euphorique. (J. Cocteau). Les deux grandes lois que je viens de citer, notamment, s’efforcent à pallier certaines infortunes. (M. Duhamel).

Mais, comme « pallier » est synonyme de « remédier à, parer à », il tend à être suivi d’un complément indirect introduit par « à » par analogie avec eux.

Exemple :

Tout ce que l’homme a inventé pour pallier aux conséquences de ses fautes. (A. Gide).

Les puristes n’aiment pas cette construction indirecte et veulent pallier cette faute durablement, bien qu’elle progresse par paliers.

Jean-Christophe PELLAT
Jean-Christophe Pellat est professeur émérite de linguistique française à l’Université de Strasbourg, où il a enseigné en Licence, Master et dans les préparations au CAPES et aux agrégations de Lettres. Spécialiste de grammaire et orthographe françaises (histoire, description, didactique), il est co-auteur d’un ouvrage universitaire de référence, Grammaire méthodique du français (PUF, dernière éd. 2016) et de diverses grammaires scolaires. Dans ses travaux sur la didactique de la grammaire en FLE et FLM, il s’attache à l’adaptation des notions aux différents publics concernés.