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L'emploi du subjonctif dans les subordonnées concessives

| 05 août 2020 | par Jean-Christophe PELLAT

Dans les subordonnées circonstancielles, qui indiquent les circonstances d'une action et qui sont liées par un mot subordonnant, le choix du mode est contraint : on emploie l’indicatif ou le subjonctif suivant le sens de la subordonnée ou de la conjonction de subordination. On emploie le subjonctif chaque fois que « l’interprétation du procès » (Grammaire de Wagner et Pinchon) prime. Ainsi, la plupart des subordonnées temporelles sont à l’indicatif, sauf celles qui commencent par « avant que, jusqu’à ce que, en attendant que », qui introduisent des propositions présentant une action possible postérieure à la principale (« Il se promène sur la plage avant que le confinement ne soit levé »). Les subordonnées de but sont au subjonctif, puisqu’elles expriment une intention (« Il rend visite à sa grand-mère chaque jour pour qu’elle ne soit pas trop déprimée »).

Il faut distinguer l’opposition et la concession. On peut simplement opposer la coexistence de deux faits (indicatif, avec une locution temporelle) : « Don Lockwood danse dans la rue, alors qu’il pleut ». Don Lockwood danse dans la rue et (pourtant) il pleut. On oppose aussi un fait qui existe, à un autre qui n’existe pas (« sans que » + subjonctif) : « L’orage est arrivé sans qu’il s’en rende compte. » Avec la concession, on oppose deux faits dont « l’un des deux aurait dû – ou devrait – empêcher la réalisation de l’autre » (« Grammaire Larousse du français contemporain », § 203). La concession s’exprime au moyen des conjonctions « bien que, quoique » (voir aussi le post sur « malgré que »), et dans des structures corrélatives plus complexes, comme « tout...que, si...que, quelque...que, quoi...que ».

Dans cette relation où le procès subordonné est envisagé, le subjonctif est dominant : « Don Lockwood danse dans la rue, bien qu’il pleuve ». La pluie n’empêche pas le personnage de danser. Cependant, on a hésité entre le subjonctif et l’indicatif jusqu’au 18e siècle, et même après, notamment dans la langue familière. On rencontre dans la subordonnée le futur ou le conditionnel, qui sont plus aptes que le subjonctif à exprimer des nuances dans l’avenir : « Si cruels qu’ils pourront être, leur bêtise fera pâlir leur cruauté » (P. Valéry). Cela étant, le subjonctif est préférable dans les concessives, quoi qu’on dise.

Jean-Christophe PELLAT
Jean-Christophe Pellat est professeur émérite de linguistique française à l’Université de Strasbourg, où il a enseigné en Licence, Master et dans les préparations au CAPES et aux agrégations de Lettres. Spécialiste de grammaire et orthographe françaises (histoire, description, didactique), il est co-auteur d’un ouvrage universitaire de référence, Grammaire méthodique du français (PUF, dernière éd. 2016) et de diverses grammaires scolaires. Dans ses travaux sur la didactique de la grammaire en FLE et FLM, il s’attache à l’adaptation des notions aux différents publics concernés.