Pour l'amour
de la langue française

Ciel ! Il commence à neiger /de neiger !

| 13 décembre 2019 | par Jean-Christophe PELLAT

 à ou de ?

La construction des verbes suivis d’un infinitif cause bien des soucis aux locuteurs français et étrangers : « commencer à » ou « commencer de » ? Sans parler de l’hésitation entre les constructions directe et indirecte, examinons aujourd’hui le choix entre « à » et « de ». Le cas le plus net concerne les verbes pour lesquels le choix de la préposition diffère selon la syntaxe ou le sens, comme pour le verbe « demander » : on emploie « à » « quand les deux verbes ont le même agent » et « de dans le cas contraire » (« Le bon usage », § 908 a, 6°) : « Il demanda à s’asseoir sur un fauteuil » (M. Proust) – « Je ne t’ai pas demandé de venir » (J.-P. Sartre). Ce cas concerne de très nombreux verbes, dont l’usage manifeste cependant quelques hésitations. Pour les autres, il est difficile de trancher. On peut essayer de dégager des tendances, comme « Le bon usage » qui fait deux listes, des « verbes construisant d’habitude l’infinitif avec de » et de ceux « construisant d’habitude l’infinitif avec à » (§ 906-907). Mais comme il s’agit de tendances, les deux prépositions se rencontrent. Ainsi, « commencer » et « continuer » se construisent plutôt avec « à », mais on les trouve très souvent employés avec « de » « dans la langue écrite » : « Il commença de raconter des histoires » (M. Aymé) – « Il continue de regarder les rhinocéros » (E. Ionesco). Le choix est très libre avec « continuer ». On peut aussi préférer employer « de » plutôt que « à » pour éviter un hiatus fâcheux avec deux « a » qui se suivent, notamment au passé simple : « il continua d’apporter » sonne mieux qu’ « il continua à apporter ». Il peut donc commencer à neiger en décembre, ou de neiger, de manière plus classique. Tâchons de trouver intuitivement la meilleure construction, si l’on veut réussir à bien communiquer.

Jean-Christophe PELLAT
Jean-Christophe Pellat est professeur émérite de linguistique française à l’Université de Strasbourg, où il a enseigné en Licence, Master et dans les préparations au CAPES et aux agrégations de Lettres. Spécialiste de grammaire et orthographe françaises (histoire, description, didactique), il est co-auteur d’un ouvrage universitaire de référence, Grammaire méthodique du français (PUF, dernière éd. 2016) et de diverses grammaires scolaires. Dans ses travaux sur la didactique de la grammaire en FLE et FLM, il s’attache à l’adaptation des notions aux différents publics concernés.