Au commencement, l’orthographe française ne connaissait pas les accents, qui furent introduits à partir du XVIe siècle, d’abord en latin, sur le modèle de l’italien. Ces accents étaient nécessaires pour distinguer les différents timbres de E, comme dans « chante » vs « chanté ». L’accent grave sur « è » s’est répandu tardivement, à la fin du XVIIe siècle. En attendant, il fallait bien indiquer le « e » ouvert bref. Pour ce faire, on a pris l’habitude de doubler la consonne qui suit « e », notamment « l » et « t » : « rebelle, planette ». Mais quand l’accent grave s’est répandu, on a pu supprimer la double consonne comme dans « planète ». Mais ce remplacement n’a pas été systématique.
Ainsi donc, on a pris l’habitude de distinguer deux séries de verbes en « eler » et en « eter », qui changent le « e » muet (« appeler, geler ») en « e » ouvert devant une syllabe contenant un « e » muet. « Geler, peler, acheter » et d’autres prennent l’accent grave : « il gèle, pèle, achète ». « Appeler, renouveler, jeter » et d’autres gardent la double consonne : « il appelle, renouvelle, jette ». L’usage de nombreux verbes hésite entre ces deux séries : « déchiquette / déchiquète », « étiquette / étiquète », « harcelle / harcèle », … « Le Bon usage » (§ 791a) remarque que, dans le doute, l’usage penche pour l’accent grave.
Pour simplifier la règle, les Rectifications de l’orthographe de 1990, reprenant une décision de l’Académie de 1975, proposent donc d’adopter les terminaisons en « èle » et en « ète » pour tous les verbes en « -eler » et « -eter », sauf « appeler » et « jeter », bien implantés dans l’usage courant. Cette simplification peut interpeller ou interpeler certains (pour ce verbe, l’Académie (2000) accepte les deux infinitifs, tout en précisant qu’il se conjugue comme « appeler »).