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Doit-on écrire : « à l'attention du directeur » ou « à l’intention du directeur » ?

| 28 mai 2019 | par Jean-Christophe PELLAT

Attention / intention, dans quels cas utiliser l'un ou l'autre ?

Les deux noms féminins « attention » et « intention » ne diffèrent que par leur début (ils sont paronymes). Ce sont deux emprunts savants au latin : « attentio » (1538), de « attendere » (« tendre son esprit vers ») pour le premier, « intentio » (1190) pour le second. « Attention » est plus riche de sens, indiquant la concentration, puis la prévenance (Robert) : « Il ne fait pas plus attention à moi qu'à une muraille ou qu'à une borne » (Duhamel). 
« Intention » contient l’idée de but, de dessein, de projet : 
« Nous étions partis avec l'intention de travailler beaucoup, mais jusqu'à présent nous n'avons guère fait que nous baigner, nous laisser sécher au soleil et bavarder » (Gide).
Ces deux noms sont proches dans certains emplois, avec des nuances de sens. Qu’est-ce qui compte ? Si « c'est l'attention qui compte », on insiste sur la prévenance : « c’est une aimable attention ». Si « c’est l’intention qui compte », on met plus en valeur le but, le dessein visé.
Dans la correspondance officielle, on écrit une lettre à l’attention d’une personne, pour en préciser le destinataire : « lettre à l’attention du président, du directeur ». Dans cette simple indication d’adresse, « intention » ne convient pas, même si le mot est parfois attesté. 
Car « intention », couramment, engage en faveur de la personne concernée, à qui l’on veut être agréable, faire plaisir : « acheter un cadeau, des fleurs, à l’intention de son ami (e) ». Difficile d’écrire une lettre à l’intention du percepteur !
« Chez les parents où ils étaient attendus, c'étaient des conversations interminables auprès de la table, où la maîtresse du logis avait déposé une bouteille de vin vieux, une tarte aux cerises, ou un gâteau de fine farine, pétri à leur intention » (Moselly).
Bref, c’est plus une question d’intention que d’attention, même si, on le sait, l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Jean-Christophe PELLAT
Jean-Christophe Pellat est professeur émérite de linguistique française à l’Université de Strasbourg, où il a enseigné en Licence, Master et dans les préparations au CAPES et aux agrégations de Lettres. Spécialiste de grammaire et orthographe françaises (histoire, description, didactique), il est co-auteur d’un ouvrage universitaire de référence, Grammaire méthodique du français (PUF, dernière éd. 2016) et de diverses grammaires scolaires. Dans ses travaux sur la didactique de la grammaire en FLE et FLM, il s’attache à l’adaptation des notions aux différents publics concernés.